Sweeney Todd

Réalisateur : Tim Burton
Année : 2007
Synopsis : Au XIXème siècle, Sweeney Todd, qui était connu sous le nom de Benjamin Barker avant d'avoir été injustement envoyé en prison par le juge Turpin qui s'apprête maintenant à épouser sa fille, revient à Londres comme barbier. Il ouvre boutique au dessus du commerce de Mrs Lovett, qui vend les pires tartes à la viande de Londres. Avec son aide, il va se débarrasser des personnes qui ont détruit sa vie, et devient le diabolique barbier de Fleet Street, rasant la gorge des gentilshommes dont on n'entend plus parler après.

     
     
     
     

J'ai été très agréablement surprise par Sweeney Todd dont je connaissais l'histoire en intégralité (en ayant oublié quelques détails) et que l'on ne peut certainement pas qualifier de film joyeux… Je ne sais pas si c'est Noël, le fait que je me sente particulièrement bien et qui me rend moins craintive, mais j'ai des envies de sang ces temps-ci. Et si je peux les accompagner de récits bizarres avec une pointe de macabre, ça me convient assez bien (d'où ma planification pour revoir Sleepy Hollow, ça montre l'état d'esprit de la trouillarde que je suis). Avec une effusion à base de "soyons folle, tentons de regarder Sweeney Todd que j'effleure de mes doigts", je suis ainsi revenue sur ma décision de ne pas voir un film que je pensais ne pas pouvoir supporter en raison de ses flots d'hémoglobine.

Première satisfaction, les meurtres sont concentrés, le visionnage ne se transforme pas en stress pour savoir quand adviendra le mal. Avec une exception dans sa toute fin (mais qui est drôle dans la façon dont elle est pratiquée), la première heure est très calme. Ensuite, la série de massacres à la chaîne permet de tout évacuer d'un coup jusqu’au final. Celui-ci comporte des éléments autres que l'égorgement qui finalement affectent davantage ma sensibilité alors que pourtant, j'ai normalement vraiment un problème avec la carotide tranchée. Le dernier plan est à cet égard à la fois nauséeux et beau.

C'est plutôt regardable donc, j'avais avec moi quelqu'un l'ayant déjà vu ce qui m'a permit d'être prévenue à l'avance des scènes dangereuses et d'agir en conséquence, ça aide. Mais la technique de la main mise devant un œil permettant de jeter l'autre sur l'écran ou à la rigueur de se concentrer sur le reflet de la vitre me permet d'affirmer que même en étant très sensible, c'est négociable, on les sent venir les moments où il faut détourner le regard, il faut juste être prudent sur la toute fin.

Son statut de film musical devrait normalement être rédhibitoire, et pourtant, j'ai réussi à passer outre. Je n'aime pas spécialement les chansons interprétées, je ne les écouterais pas indépendamment du visionnage et elles sont parfois un peu inutiles, mais elles ne m'ont pas gênées plus que ça. Il m'a fallu un temps d'adaptation au début parce que c'est une forme à laquelle je ne suis pas accoutumée du tout, mais le flottement est vite passé et je n'y ai plus prêté attention ensuite, elles faisaient avancer l'histoire, c'était tout ce qui comptait. Et puis ce qui est dépeint est tellement sombre que finalement ces chansons apportaient une touche de légèreté bienvenue, elles permettaient de faire passer la noirceur extrême de l’ensemble et rendaient acceptable un scénario convenant à un drame musical mais plus difficilement à un film classique.

Bien que le film soit très sombre, certaines situations prêtent à sourire et ce n'est pas dénué d'humour. Enfin humour, très noir, il va de soi, on est davantage dans une ironie féroce, à l'image du jugement rendu au tribunal de justice. Après je comprends que ça ne touche pas tout le monde, il faut avoir envie de s'amuser avec du macabre. Voir un trépas être provoqué par une théière chaude venant se fracasser à de multiples reprises sur le crâne d’une victime qu’on attendait plutôt dans le rôle de l'égorgée, personnellement ça me fait rire. Et je suis aussi amusée par le mort, qui ne l'est pas encore, mis en attendant dans une malle tandis que son assistant vient s'installer tranquillement dessus sans s’apercevoir de la main qui en ressort et est agitée de convulsions (note aux âmes sensibles : attention, après Sweeney l'achève, il y a des geysers de sang). Et j’aurais pléthore d’exemples : le "I'm full of joy" dans la scène de basculement (qui est brillante) où le sympathique barbier pète les plombs. Ou la scène où les deux complices observent les gens dans la rue en commentant le goût qu'ils doivent avoir ! (Préférez l’ecclésiastique, définitivement).

J'ai apprécié le traitement dont bénéficiait le "héros", différent de ce que propose Tim Burton d'ordinaire. La phrase de Sweeney Todd lorsqu'il retrouve ses rasoirs est révélatrice : "at last, my arm is complete now" : il rappelle immanquablement Edward aux mains d'argent mais la comparaison s'arrête là, Sweeney Todd est loin des autres personnages burtonniens (les trois qui me viennent d'emblée à l’esprit sont Edward, Ichabod Crane et Victor), c'en est fini de la sensibilité romantique, de la maladresse, de la fragilité. Sweeney, protagoniste principal, est la victime devenue monstre avec lequel il n'y a pas d'empathie possible, sa violence et sa folie sont sans retour, elles s'appliquent sans qu'il y ait le moindre espoir de sauvetage du personnage, désormais pur produit de l'application implacable de sa vengeance.


Note ultérieure : Je n’aime pas les chansons… Quelle bonne blague ! Jusqu’à ce que finalement si et que je passe mon temps à les chanter alors. Il suffit que quelqu’un commence à en fredonner l’une ou l’autre dans la maisonnée et c’est parti ! La BO de Sweeney Todd a été adoptée, il n'y a plus à se faire de soucis pour elle.

mercredi 21 décembre 2011

Enregistrer un commentaire