Bandes Dessinées Février - Mars



■ Beauté, Hubert et Kerascoët
La couverture était très attirante. Sauf qu’un joli dessin ne fait pas tout, je cherche vainement le contenu, c’est assez creux… Décevant.

■ Bride Stories, Kaoru Mori
Le cadre est original et attrayant, nous sommes embarqués en plein XIXe siècle en Asie Mineure, sur l’ancienne Route de la Soie. Les costumes et les décors sont sublimes, je n’ose imaginer le temps qu’ont du demander certaines planches… Le principal défaut tient en ce qu’il s’agit d’un manga, les expressions faciales des personnages le transcrivent bien et sont trop caricaturales pour que j’en sois une adepte, reste que la série se lit avec plaisir, c'est un voyage plutôt contemplatif des plus agréables.

■ Chroniques de Jérusalem, Guy Delisle
Coup de cœur total ! Le conflit israélo-palestinien est présent en toile de fonds mais l'exposé n'est jamais trop formel et s'attarde aussi sur des détails plus anecdotiques du quotidien. Un album essentiel qui parvient à signifier beaucoup derrière ses airs de ne pas y toucher, et sans être pesant ce qui relève de l'exploit si on considère la dureté de la réalité qui est retranscrite.

■ Le Bleu est une couleur chaude, Julie Maroh
Enfin ! J’attendais de le lire depuis sa sortie, soit depuis plus d’un an, attirée par ce qu’avait laissé ressortir Julie Maroh de son projet sur son blog. Le rendu est conforme à ce que j’attendais, c’est de très haute tenue. Il y a quelques petites facilités au début dans les pressions extérieures subies (le personnage du père est d’une violence arrangeante) mais c’est un album bouleversant, incontestablement, et qui touche de manière très intime. Je l'ai lu (surtout dans les deux premiers tiers) avec la boule au ventre…

■ Cinq mille kilomètres par seconde, Manuele Fiore
Joli et bien mené sans être très marquant.

■ Polina, Bastien Vivès
Chef d'œuvre ! Un coup de cœur pas vraiment acquis d'avance, j'abordais le style graphique avec beaucoup de réticence. J'ai chaviré au bout de deux pages et je n'ai plus pu m'en détacher. Et pourtant la danse n'est pas exactement le thème le plus attractif qui soit pour me retenir… Le dessin fait honneur à la perfection des mouvements, les corps contraints sont relatés avec une justesse saisissante, douloureuse à regarder. La phrase prononcée par la mère "même si tu as mal, surtout ne le montre pas" ouvre le récit, elle sera un leitmotiv accompagnant la philosophie du sévère professeur Bojinski : le danseur ne montre que ce qu’il veut, la souffrance est intériorisée. Un album empli de grâce.

■ Marie Antoinette, Pascal Croci, Françoise-Sylvie Pauly
Je n’ai pas accroché. On voit que les auteurs se sont fait plaisir mais ils en sont restés au stade de la matérialisation d’images fantasmées nourrissant la création d’histoires selon un processus très enfantin. Je ne vois pas l’intérêt que ça a pour nous en fait : malgré le pseudo liant de l’étrangeté d’une rencontre dépassant la logique temporelle, je n’ai pas trouvé mon compte au niveau du scénario et je reste sur ma faim en ce qui concerne les dessins. Ils sont prometteurs, mais les visages figés en une seule et même expression et qui tous partagent des traits similaires me dérangent. La vision proposée de Marie-Antoinette est tranchée sans aller pour autant au fond des choses et c’est une BD très glauque. J’envisageais de lire Janet Burroughs et Dracula du même auteur, je vais m’abstenir pour ce dernier (j’avais déjà volontairement écarté Elisabeth Bathory), quand je vois ce que ça donne déjà ici…



● Lorenzaccio, Régis Penet
Dessin classique mais qui me plait assez, avec des planches parfois sublimes et d'autres beaucoup plus insipides. L'histoire en elle-même n'a pas réussit à m'intéresser plus que ça, en cause un décalage temporel très perturbant : on est à la fois au XVIe et au XIXe siècle. Faire cohabiter les deux n’est pas une idée très pertinente, ça gâche un récit qui avait un très bon potentiel. C'est un petit peu glauquinet, mais c’est justifié et bien mis en scène. Je ne déconseillerais donc pas non plus complètement, c'est une lecture à tenter.

● Chroniques birmanes, Guy Delisle
Guy Delisle confirme son talent de reporter (confirme, à titre personnel, l'ouvrage est antérieur aux chroniques de Jérusalem). Il a un regard très avisé et une capacité à faire le tri et à retranscrire ce qu’il voit tout à fait épatante. Les chroniques de Jérusalem ont un petit plus par rapport à celui-ci : l'ancrage temporel. On regrette qu’il ne soit pas présent quand on l’a connu avant, mais rien qui ne soit irrécupérable, on survit très bien sans.

● Jolies ténèbres, Kerascoët
Je n'ai pas saisi l'intérêt de la chose… J'en suis déçue, je ne m'attendais pas à quelque chose d'aussi sadiquement gore. J’ai clairement détesté, je n’ai pas compris comment on pouvait nous imposer une telle violence.

● Je, François Villon, Mais où sont les neiges d'antan, Luigi Critone
Encore une fois, la couverture a bien fait son office pour m’attirer. Les autres planches ne déméritent pas, les dessins et les couleurs apposées sont un régal visuel peut-être pas très innovant mais qui suffisent à mon bonheur. Sur la tonalité, c’est autre chose, c’est conforme au synopsis avec un contexte de barbarie et de violence omniprésent. Un peu trop à mon goût, je sature franchement du glauque et du macabre en bande-dessinée que j’ai reçu à chaque fois sans m’y attendre, mais je dois reconnaître qu’ici la narration est maîtrisée, intelligible et que même si je n’ai pas totalement accroché, c’est un bon album.

● Par ici, Matthieu Forichon
Je n’avais pas vu l’introduction avant de l’emprunter… Elle aurait suffit à me décourager, ce livre est une fois de plus la preuve que les prises de tête philosophico-pseudo intellectuelles se déploient avec d’autant plus d’éloquence que la vacuité qu’elles ont à masquer est étendue.

samedi 11 février 2012

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