Les bandes dessinées ont connu le même sort que les romans (tout mettre dans un seul post, c’est dangereux), elles connaîtront donc malheureusement le même traitement : du compte-rendu express, dans la mesure des mes capacités mémorielles.
■ Carmen, Frédéric Brrémaud, Denis Goulet, Valérie Vernay
La bande-dessinée constitue une bonne introduction à l'œuvre de Prosper Mérimée, plus connue par l’adaptation qu’en a faite Georges Bizet. Le personnage de Carmen n'y est pas présenté sous son plus beau jour, on est dans l'optique de la femme tentatrice et séductrice, la créature maléfique par excellence. Autrement j’ai le vague souvenir d’un manque de clarté dans la chronologie des évènements, pas très compréhensible sur la fin. Ceci étant, j’ai plutôt bien aimé.
■ Lydie, Zidrou, Jordi Lafèbre
Je ne voulais pas m’y frotter et puis j’ai changé d’avis en tombant dessus en librairie (la couverture toute douce n’y est pour rien, je ne suis pas si influençable !) L’histoire partait d’un postulat qui suscitait ma réticence, mais elle parvient à être touchante tout en abordant un sujet difficile. Seul bémol, je reste sceptique quant au parti pris par les habitants du quartier de rentrer dans le jeu du personnage central, ils ne se posent à aucun moment la question des conséquences psychologiques que cette étrange comédie pourrait avoir sur leurs enfants…
■ Milady de Winter, Agnès Maupré
Avec les deux tomes qui constituent cette BD, Agnès Maupré a réalisé un travail de reconstitution de l'histoire de Milady assez impressionnant. Cette focalisation permet de développer la complexité du personnage et de le présenter sous un autre angle : bien plus qu’elle n’est l’éminence grise du cardinal, Milady est posée comme une victime, ce qui, on s’en doute, ouvre le champ à des thématiques bien plus larges. Malheureusement, je n’ai pas adhéré autant que je l’aurais voulu à la série. Formellement déjà, il m’a manqué quelque chose, les planches sont parfois un peu vides. Et puis le traitement de d'Artagnan m’a agacée. Je trouvais très intéressant de le voir sous un jour différent de la légende figée qui lui est attachée, mais l’excès de caricature le fait tomber dans une bêtise qui nuit à la crédibilité du scénario, c’est passablement irritant… A noter enfin que ma vision de la mort de Milady était erronée, j’en étais restée à la version livrée par un film des années 60 que j’avais vu enfant (Milady tombe dans un ravin – et se fait tuer ensuite mais ça je l’avais oublié), la fin montrée par la bande-dessinée est autrement plus brutale, ça m’a surprise !
■ Quai d’Orsay, Abel Lanzac, Christophe Blain
Quai d’Orsay propose une intéressante plongée dans les coulisses de la politique et plus particulièrement du monde diplomatique. L’envers du décor y est exposé sans fards et dévoile un univers rude où les rapports humains sont tendus (quand faire un coup de pute à quelqu’un n’est pas le signe qu’on lui veut du mal mais constitue la sexualité de cabinet… De quoi rester dubitatif). La machine ne fait pas de cadeau, le travail est une dévotion de tous les instants, en témoignent les discours sans cesse réécrits – souvent pour rien – par le jeune conseiller nouvellement arrivé et qui découvre avec nous les rouages du système.
Bien que fictifs, les personnages et les situations ne laissent pas de place à l’ambigüité : derrière le ministre Alexandre Taillard de Vorms on reconnaitra sans peine Dominique de Villepin alors à la tête du ministère des affaires étrangères. L’ancrage dans une réalité historique rend la série très instructive et ne manquera pas d’intéresser les lecteurs sensibilisés à ces questions. On suivra ainsi la gestion de la crise irakienne jusqu’au fameux discours de la France à l’ONU et son refus de participer à la guerre initiée par les Etats-Unis. Toute cette partie présente dans le deuxième tome assure par ailleurs un meilleur enchaînement des planches que dans le premier volume qui est un peu trop séquencé.
■ Kililana Song, Benjamin Flao
Simple évocation de la vie d’un gamin des rues au Kenya au
premier abord, Kililana Song s’avère en fait bien plus riche et parvient à toucher à une multitude de thématiques sans jamais les survoler. Naim est un jeune garçon orphelin, autonome et débrouillard. Refusant de se rendre à l’école coranique comme on souhaiterait le lui imposer, il erre dans la ville. Pour ne pas connaître le même sort que ses compagnons exploités par des adultes pour un salaire de misère, il vit d’expédients. Ainsi, comme bien d’autres, il arnaque sans vergogne les touristes, cherchant à leur soutirer plus que nécessaire. Et l’on comprend cette distance qui caractérise les relations entre africains et occidentaux car l’une des forces de cette bande-dessinée est bien d’aborder les problématiques les plus épineuses sans fausse pudeur. Ainsi l'attitude détestable de certains expatriés, leur comportement néo-colonialiste, est exposé sans détour et vient mettre en lumière une douleur qui caractérise encore les relations. Le rapport n’a cependant rien de définitif, et ceux qui croient pouvoir s'aménager une belle vie grâce à leur argent peuvent aussi bien se faire plumer jusqu'à l'os par un réseau de femmes africaines semi prostituées… Les trafics de drogues au large des côtes, les croyances anciennes qui ne sont plus respectées, l'expropriation de terres sacrées pour construire un complexe hôtelier sont encore autant de sujets abordés et qui rendent l’ensemble foisonnant et passionnant. Le dessin n’est en outre pas en reste, le trait est magnifique et plonge instantanément dans ce condensé de vie palpitant. Un deuxième tome est à paraître, je l’attends avec une vive impatience !
■ Amours blessantes, Kiriko Nananan
J’entretiens un rapport compliqué avec l’œuvre de Kiriko Nananan. J’aime son trait, je devrais me retrouver dans sa sensibilité, son goût pour l’anodin et sa focalisation sur des détails. Pourtant, je n’arrive pas à adhérer à ses récits courts, je trouve que ça ne fonctionne pas bien. Elle arrive à poser ses personnages, à les intégrer dans un contexte, mais l’ensemble manque de substance et rend la démarche assez vaine. Mon sentiment est partagé, tantôt j'ai l’impression d’être en présence d'une justesse saisissante dans la retranscription de la vie, tantôt la réussite géniale cède la place à la désagréable sensation de se trouver face à une imposture.
Le problème d’amours blessantes, c’est que les récits qui s’y déploient sont tellement anecdotiques que le lecteur ne s’y retrouve pas. Quel intérêt y-a-t-il à tout ça, à quoi bon exposer ce qui a si peu d’enjeu ? Ce n’est pas un hasard si les histoires déclinées sur plusieurs parties sont celles qui présentent le plus d’intérêt et de pertinence. Quand on ne laisse pas son histoire se déployer et qu’on se contente d’exposer sans interroger quoi que ce soit, ça donne des récits trop prétentieux par rapport à ce qu’ils sont.
Je ne renie pas Kiriko Nananan, c’est l’une des rares mangakas dont j’apprécie le dessin, mais je sais que je dois me contenter de ses histoires longues pour ne pas être déçue et en ressortir avec un sentiment de vanité.
Autres :
● Muchacho, Benjamin Lepage
Une plongée dans la dictature nicaraguayenne, bien faite, mais rétrospectivement j’en ai assez peu de souvenirs.
● La fille de l'eau, Sacha Goerg
Spécial, et sans intérêt.
● David, les femmes et la mort, Judith Vanistendael
Une lecture dont on ne ressort pas en étant très joyeux (euphémisme, je l’ai finie en larmes), elle laisse bien saisir tout ce que la maladie implique. Le découpage du récit avec le point de vue d’un personnage par partie est bien vu et efficace.
● Abdallahi, Christophe Dabitch, Jean-Denis Pendanx
C’était pas mal, graphiquement il y avait du potentiel même si je ne suis pas satisfaite par tout.
■ Carmen, Frédéric Brrémaud, Denis Goulet, Valérie Vernay
La bande-dessinée constitue une bonne introduction à l'œuvre de Prosper Mérimée, plus connue par l’adaptation qu’en a faite Georges Bizet. Le personnage de Carmen n'y est pas présenté sous son plus beau jour, on est dans l'optique de la femme tentatrice et séductrice, la créature maléfique par excellence. Autrement j’ai le vague souvenir d’un manque de clarté dans la chronologie des évènements, pas très compréhensible sur la fin. Ceci étant, j’ai plutôt bien aimé.
■ Lydie, Zidrou, Jordi Lafèbre
Je ne voulais pas m’y frotter et puis j’ai changé d’avis en tombant dessus en librairie (la couverture toute douce n’y est pour rien, je ne suis pas si influençable !) L’histoire partait d’un postulat qui suscitait ma réticence, mais elle parvient à être touchante tout en abordant un sujet difficile. Seul bémol, je reste sceptique quant au parti pris par les habitants du quartier de rentrer dans le jeu du personnage central, ils ne se posent à aucun moment la question des conséquences psychologiques que cette étrange comédie pourrait avoir sur leurs enfants…
■ Milady de Winter, Agnès Maupré
Avec les deux tomes qui constituent cette BD, Agnès Maupré a réalisé un travail de reconstitution de l'histoire de Milady assez impressionnant. Cette focalisation permet de développer la complexité du personnage et de le présenter sous un autre angle : bien plus qu’elle n’est l’éminence grise du cardinal, Milady est posée comme une victime, ce qui, on s’en doute, ouvre le champ à des thématiques bien plus larges. Malheureusement, je n’ai pas adhéré autant que je l’aurais voulu à la série. Formellement déjà, il m’a manqué quelque chose, les planches sont parfois un peu vides. Et puis le traitement de d'Artagnan m’a agacée. Je trouvais très intéressant de le voir sous un jour différent de la légende figée qui lui est attachée, mais l’excès de caricature le fait tomber dans une bêtise qui nuit à la crédibilité du scénario, c’est passablement irritant… A noter enfin que ma vision de la mort de Milady était erronée, j’en étais restée à la version livrée par un film des années 60 que j’avais vu enfant (Milady tombe dans un ravin – et se fait tuer ensuite mais ça je l’avais oublié), la fin montrée par la bande-dessinée est autrement plus brutale, ça m’a surprise !■ Quai d’Orsay, Abel Lanzac, Christophe Blain
Quai d’Orsay propose une intéressante plongée dans les coulisses de la politique et plus particulièrement du monde diplomatique. L’envers du décor y est exposé sans fards et dévoile un univers rude où les rapports humains sont tendus (quand faire un coup de pute à quelqu’un n’est pas le signe qu’on lui veut du mal mais constitue la sexualité de cabinet… De quoi rester dubitatif). La machine ne fait pas de cadeau, le travail est une dévotion de tous les instants, en témoignent les discours sans cesse réécrits – souvent pour rien – par le jeune conseiller nouvellement arrivé et qui découvre avec nous les rouages du système.
Bien que fictifs, les personnages et les situations ne laissent pas de place à l’ambigüité : derrière le ministre Alexandre Taillard de Vorms on reconnaitra sans peine Dominique de Villepin alors à la tête du ministère des affaires étrangères. L’ancrage dans une réalité historique rend la série très instructive et ne manquera pas d’intéresser les lecteurs sensibilisés à ces questions. On suivra ainsi la gestion de la crise irakienne jusqu’au fameux discours de la France à l’ONU et son refus de participer à la guerre initiée par les Etats-Unis. Toute cette partie présente dans le deuxième tome assure par ailleurs un meilleur enchaînement des planches que dans le premier volume qui est un peu trop séquencé.
■ Kililana Song, Benjamin Flao
Simple évocation de la vie d’un gamin des rues au Kenya au
premier abord, Kililana Song s’avère en fait bien plus riche et parvient à toucher à une multitude de thématiques sans jamais les survoler. Naim est un jeune garçon orphelin, autonome et débrouillard. Refusant de se rendre à l’école coranique comme on souhaiterait le lui imposer, il erre dans la ville. Pour ne pas connaître le même sort que ses compagnons exploités par des adultes pour un salaire de misère, il vit d’expédients. Ainsi, comme bien d’autres, il arnaque sans vergogne les touristes, cherchant à leur soutirer plus que nécessaire. Et l’on comprend cette distance qui caractérise les relations entre africains et occidentaux car l’une des forces de cette bande-dessinée est bien d’aborder les problématiques les plus épineuses sans fausse pudeur. Ainsi l'attitude détestable de certains expatriés, leur comportement néo-colonialiste, est exposé sans détour et vient mettre en lumière une douleur qui caractérise encore les relations. Le rapport n’a cependant rien de définitif, et ceux qui croient pouvoir s'aménager une belle vie grâce à leur argent peuvent aussi bien se faire plumer jusqu'à l'os par un réseau de femmes africaines semi prostituées… Les trafics de drogues au large des côtes, les croyances anciennes qui ne sont plus respectées, l'expropriation de terres sacrées pour construire un complexe hôtelier sont encore autant de sujets abordés et qui rendent l’ensemble foisonnant et passionnant. Le dessin n’est en outre pas en reste, le trait est magnifique et plonge instantanément dans ce condensé de vie palpitant. Un deuxième tome est à paraître, je l’attends avec une vive impatience !■ Amours blessantes, Kiriko Nananan
J’entretiens un rapport compliqué avec l’œuvre de Kiriko Nananan. J’aime son trait, je devrais me retrouver dans sa sensibilité, son goût pour l’anodin et sa focalisation sur des détails. Pourtant, je n’arrive pas à adhérer à ses récits courts, je trouve que ça ne fonctionne pas bien. Elle arrive à poser ses personnages, à les intégrer dans un contexte, mais l’ensemble manque de substance et rend la démarche assez vaine. Mon sentiment est partagé, tantôt j'ai l’impression d’être en présence d'une justesse saisissante dans la retranscription de la vie, tantôt la réussite géniale cède la place à la désagréable sensation de se trouver face à une imposture.Le problème d’amours blessantes, c’est que les récits qui s’y déploient sont tellement anecdotiques que le lecteur ne s’y retrouve pas. Quel intérêt y-a-t-il à tout ça, à quoi bon exposer ce qui a si peu d’enjeu ? Ce n’est pas un hasard si les histoires déclinées sur plusieurs parties sont celles qui présentent le plus d’intérêt et de pertinence. Quand on ne laisse pas son histoire se déployer et qu’on se contente d’exposer sans interroger quoi que ce soit, ça donne des récits trop prétentieux par rapport à ce qu’ils sont.
Je ne renie pas Kiriko Nananan, c’est l’une des rares mangakas dont j’apprécie le dessin, mais je sais que je dois me contenter de ses histoires longues pour ne pas être déçue et en ressortir avec un sentiment de vanité.
Autres :
● Muchacho, Benjamin Lepage
Une plongée dans la dictature nicaraguayenne, bien faite, mais rétrospectivement j’en ai assez peu de souvenirs.
● La fille de l'eau, Sacha Goerg
Spécial, et sans intérêt.
● David, les femmes et la mort, Judith Vanistendael
Une lecture dont on ne ressort pas en étant très joyeux (euphémisme, je l’ai finie en larmes), elle laisse bien saisir tout ce que la maladie implique. Le découpage du récit avec le point de vue d’un personnage par partie est bien vu et efficace.
● Abdallahi, Christophe Dabitch, Jean-Denis Pendanx
C’était pas mal, graphiquement il y avait du potentiel même si je ne suis pas satisfaite par tout.


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